L’opposition au nouveau projet pharaonique du président Erdogan, le creusement à Istanbul d’un canal parallèle au Bosphore est en train de cristalliser ce qui ressemble bien à un puissant mouvement social. Le projet a pour ambition affichée de détourner une partie du trafic de paquebots entre la mer Noire et la Méditerranée (via la mer Marmara et la mer Egée) qui encombre l’isthme d’Istanbul. Environ 56 000 bateaux traversent le détroit chaque année, 10 000 d’entre eux sont des pétroliers transportant un total de 145 millions de tonnes de pétrole brut. L’augmentation du trafic international suscite plus de pollution et plus de risques supplémentaires pour la sécurité de la navigation. Cependant la rente foncière que devraient créer les nouvelles agglomérations urbaines qui se construiront le long du tracé du canal et dont la population pourrait avoisiner un million représente l’intérêt majeur et immédiat de ce projet pour l’Etat turc. L’expertise du projet dénonce des modifications écologiques importantes notamment de la salinité et la température des mers adjacentes.

Le projet étant légalement affiché le public a le droit de signifier les éléments de son opposition pendant quelques semaines. Les stambouliotes ont pris ce droit très au sérieux et se déplacent par milliers pour remettre leurs pétitions aux guichets municipaux “en main propre” . Bourgeois et population des classes moyennes font des queues de plus de trois heures, parfois sous la pluie à cet effet. Cette mobilisation fera-t-elle long feu devant les diatribes d’Erdogan et la force de sa campagne en faveur de ce projet, c’est ce que l’expérience des semaines suivantes montrera.