Recep Tayyip Erdogan déploie une rhétorique d’intimidation qui associe insultes et menaces de représailles à l’adresse des chefs des partis d’opposition.

En campagne pour les candidats de son parti aux élections locales du 31 mars 2019 le président turc Recep Tayyip Erdogan déploie une rhétorique d’intimidation qui associe menaces de représailles à l’adresse des chefs des partis d’opposition et insultes qui ne dépareraient guère dans la bouche d’un chef de bande. Dans son parler d’où le vouvoiement a définitivement disparu au profit d’un tutoiement hautain la violence de ses propos semble avoir grimpé encore d’un cran pour ces consultations.

En voici un florilège choisi dans son discours au rassemblement du 22 mars organisé par son parti dans la ville conservatrice de Konya (cf. Bianet, 23 mars 2019) :

A l’dresse de Kemal Kiliçdaroglu chef du principal parti d’opposition le CHP Tayyip Erdogan lance : «Quel différence entre toi et le terroriste qui s’est exprimé en Australie ? Tu es pareil que lui ! Je voudrai m’adresser à mes concitoyens qui votent pour le CHP…Combien de temps encore allez-vous continuer à voter pour cet homme. (…) Le sieur Kemal s’appuie sur son statut de député. Mais je fais plancher mes avocats à son sujet. Une fois les élections passées nous lui réglerons son compte, l’assignerons en justice et le harcelerons au parlement. (…) Cet homme qui n’a pas de base n’est pas kurde mais vit des Kurdes. Y a-til une région qui s’appelle le Kurdistan en Turquie ? Si tu es si curieux du Kurdistan il existe un Kurdistan au nord de l’Irak. Fiche le camp et va vivre là-bas.»

« Tu vas payer pour tes calomnies (…) D’ailleurs le HDP (parti pro-Kurde) paie et paie sans fin. Certains remplissent les prisons (Selahattin Demirtas, chef du HDP est emprisonné depuis plus de deux ans). Les Fetö (partisans du prédicateur Gülen) aussi remplissent les prisons. Tu peux t’y retrouver toi aussi ! »


Insulte au Président, calomnie, associations avec terroristes sont les accusations par lesquels RTE assigne ses opposants en une justice dont il domine les rouages.


Observatoire de la Turquie contemporaine