le Parisien, 1è décembre 2018

Le président turc ironise sur les violences policières contre les Gilets jaunes en France.

Après Donald Trump, c’est au tour du président turc Recep Tayyip Erdogan de taper sur la France à l’heure de la crise des Gilets jaunes. Enfin de retaper sur la France. Le président turc a cette fois-ci accusé lundi les défenseurs des droits de l’homme de fermer les yeux sur les manifestations des Gilets jaunes en France, soulignant qu’ils étaient en revanche prompts à critiquer Ankara.

Cette nouvelle sortie du dirigeant turc survient au lendemain de critiques que lui a adressées la ministre française de la Santé, Agnès Buzyn, qui l’a accusé d’ « ingérence » pour avoir déploré samedi la « violence disproportionnée » des forces de l’ordre françaises face aux manifestations de Gilets jaunes.

« Aveugles, sourds et muets face à ce qui se passe à Paris »

« Ceux qui défendaient les droits de l’homme pendant les manifestations de Gezi à Istanbul (en 2013, ndlr) sont devenus aveugles, sourds et muets face à ce qui se passe à Paris », a fustigé le chef de l’Etat turc lors d’un discours télévisé.

Les autorités turques ont été vigoureusement critiquées par l’Occident et les organisations de défense des droits de l’homme après la répression brutale des grandes manifestations antigouvernementales du printemps 2013, dites de « Gezi ». « Vous avez mobilisé le monde pendant les événements de Gezi. Pourquoi ? Parce qu’ici c’est la Turquie ? Allez, maintenant rendez-en compte de la même manière », a ajouté Erdogan, s’exprimant devant les membres de son parti à Ankara.

Au total, 1723 personnes ont été interpellées dans toute la France samedi, à l’occasion de la mobilisation des Gilets jaunes, et 1220 ont été placées en garde à vue, selon des chiffres du ministère de l’Intérieur dimanche.

« Leur propre politique est anti-climat, totalitaire »

Après la diffusion d’images du ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, et de Recep Tayyip Erdogan décrivant les Gilets jaunes comme l’échec des politiques européennes, Agnès Buzyn a lancé : « Je suis hors de moi quand j’entends ces politiques extrêmes qui profitent de la situation au lieu d’espérer l’apaisement. […] C’est de l’ingérence, c’est des gens qui profitent d’une situation pour justifier leur propre politique qui est anti-climat, totalitaire », a-t-elle condamné sur la chaîne LCI.

La Turquie est régulièrement critiquée par les pays européens et les organisations de défense des droits de l’homme qui dénoncent l’érosion de l’Etat de droit dans ce pays ces dernières années.