« Respecter l’État de droit »

Emmanuel Macron compte sur le partenaire turc pour porter un projet de construction de la paix en Syrie, qui prévoit à terme le départ de Bachar al-Assad. Pour cela, il a besoin d’élargir les discussions au-delà de la seule Russie et de l’Iran, qui sont des soutiens du dictateur syrien. Recep Tayyip Erdogan – qui participe au processus de Sotchi avec la Russie et l’Iran – est comme Macron favorable à l’abandon du pouvoir de l’actuel chef de l’État syrien.

La « communauté de vue et d’intérêts stratégiques », selon les mots du président français, permettra-t-elle de dépasser les tensions avec la Turquie ? Les échanges sur les droits de l’homme lors de la conférence de presse conjointe montrent l’ampleur du chemin à parcourir. Emmanuel Macron a demandé à son homologue le « respect de l’État de droit » en Turquie. Recep Tayyip Erdogan a justifié les centaines d’arrestations dans son pays par l’argument du terrorisme, estimant que les journalistes et intellectuels incarcérés le nourrissaient par leurs écrits. Recep Tayyip Erdogan s’en est également pris violemment à un journaliste d’ Envoyé Spécial , qui l’interrogeait sur la possible fourniture d’armes par ses services en Syrie en 2014, laissant entrevoir sa conception de la liberté de la presse…

Dans la matinée, des militants de Reporter sans frontières (RSF), brandissant des portraits de journalistes emprisonnés, se sont approchés de l’ambassade de Turquie à Paris, avant d’être stoppés par la police, pour alerter sur la situation dans le pays. Plus de 140 000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55 000 arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-kurdes, accusés de propagande « terroriste » ou de collusion avec les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen.