A l’occasion de la parution française de Au Soir d’une longue journée, l’Inalco et les Editions Empreinte/Temps présent proposent une rencontre autour de Bilge Karasu, nouvelliste, romancier et essayiste turc (1930-1995)

Accueil et introduction (organisateurs et éditeur (Denis Guillaume))

– Alain MASCAROU (Ecrivain) : « Ecriture et censures »

– Laurent MIGNON (Saint Anthony’s College, Oxford) : « Bilge Karasu ou les subversions d’un Ankariote »

– Nedim GÜRSEL (CNRS, Paris), « Bilge Karasu et le récit historique »

– Ali ATAKAY (Université Paris VIII), « La traduction et l’autre de l’intérieur »

– Timour MUHIDINE (Inalco, Paris) : « Autour d’une traduction de D.H. Lawrence : Ölen Adam »

Lundi 2 décembre 2019 de 10h30 à 13h30 Salle 5.05

Inalco: 65 rue des Grands Moulins 75013 Paris

BILGE KARASUPlus de quinze ans après sa disparition, l’œuvre et la personnalité de cet écrivain de la “génération de 1950” n’auront cessé d’être problématiques, et pour la littérature turque et pour les Turcs. Malgré les distinctions dont il a pu être l’objet en Turquie ou ailleurs, reste flagrant le peu d’audience encore d’une œuvre dont Doğan Hızlan, le critique de Hürriyet, soulignait récemment qu’elle avait apporté dans la culture turque une synthèse originale des influences occidentales et orientales. Il est vrai que cette nouveauté s’est longtemps heurtée à un mur de clichés — “Kafka turc”, “écrivain de l’obscur”…— et à un courant d’incompréhension, dont les plus violentes attaques provenaient d’un marxisme… obscurantiste. Et que la singularité de l’homme, comme celle des thèmes et des formes de l’auteur, s’est souvent retournée contre lui et son œuvre. Ainsi, sans la réduire à des particularismes dont il se défiait, n’est-il peut-être pas inutile de préciser son origine juive — il s’est d’abord appelé Israël Carasso — qui a pu lui valoir dans les milieux les plus éclairés d’indignes attaques, tout comme son orientation sexuelle. Or ces inavouables rejets, joints à l’introduction de thèmes étrangers à la culture nationale, comme la persécution des moines défenseurs des images par un Empereur de Byzance iconoclaste et menacé par les Arabes (Uzun Sürmüş Bir Günün Akşamı (Au Soir d’une longue journée), 1970), ont longtemps travaillé contre l’auteur de Gece (La Nuit).

Mais les enquêtes menées par la revue Varlık sur les littératures mineures et l’influence des recherches sémiotiques européennes ainsi que celles de la French Theory (Derrida et autres, découverts à travers les traductions américaines) ont permis le considérable changement de perspective dont témoignent les récents colloques tenus à Ankara (2010) et Istanbul (2011). Les recours à Benjamin, Adorno, Lévi-Strauss, Eco, indiquent l’ouverture du champ critique et les repères de cette réception nouvelle de l’œuvre aujourd’hui traduite en anglais, allemand, français, russe et ukrainien. Les références à l’imaginaire judéo-chrétien (le personnage de Judas, dans Altı Ay Bir Güz), les structures musicales dans la mise en page, le montage, la composition, le tissage des textes, des thèmes, des cultures, l’inventivité narrative, la variété des formes et de leur réinterprétation —conte, roman, nouvelle, partition, théâtre, essai — ont multiplié les aspects de ce cheminement obstiné dans l’écriture.

Car c’est en elle que s’invente la liberté de Bilge Karasu, à travers ses patientes “ruminations” d’écrivain, dans ce rapport passionné au turc qui lui a fait introduire l’altérité dans la langue.

Alain Mascarou