France Ouest, 06/05/2019

L’Autorité électorale en Turquie a ordonné lundi la tenue d’un nouveau scrutin municipal à Istanbul, accédant à une demande du parti du président Recep Tayyip Erdogan qui contestait la victoire de l’opposition lors des élections de fin mars. Ces élections auront lieu le 23 juin. Ekrem Imamoglu, le maire d’opposition d’Istanbul, a qualifié cette décision prise par les autorités électorales de « trahison ».

Le Conseil électoral supérieur (YSK) a décidé lundi d’annuler la victoire de l’opposition aux municipales à Istanbul en Turquie, et a décidé d’organiser un nouveau scrutin dans la première ville de Turquie et a fixé au 23 juin la date du nouveau scrutin.

Ekrem Imamoglu, le maire d’opposition d’Istanbul, a qualifié cette décision prise par les autorités électorales de « trahison ». « Ceux qui prennent les décisions dans ce pays peuvent être dans (…) la trahison. Mais nous, nous n’abandonnerons jamais, gardez espoir », a déclaré Ekrem Imamoglu, après l’annonce par l’Autorité électorale d’annuler le scrutin qu’il avait remporté le 31 mars.

Imamoglu, combatif

Dans son discours, M. Imamoglu s’est voulu combatif, exhortant ses partisans à « sécher (leurs) larmes ». « Vous verrez, nous gagnerons tous ensemble », a-t-il ajouté.

Les milliers de personnes rassemblées pour l’écouter ont appelé les autorités électorales à démissionner et lancé des slogans réclamant « droits » et « justice », selon des correspondants de l’AFP.

Un membre du parti de l’AKP (islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan, participant au conseil électoral, avait annoncé sur Twitter un peu plus tôt dans la journée que les élections devraient à nouveau avoir lieu le 23 juin.

Camouflet pour Erdogan

Le Parti républicain du peuple (CHP, opposition laïque) l’avait emporté lors des municipales du 31 mars dans la capitale, Ankara, de même qu’à Istanbul, infligeant un camouflet à Erdogan, qui a été lui-même maire d’Istanbul dans les années 1990.

Le CHP a qualifié la décision du Conseil électoral supérieur de « dictature flagrante » alors que l’AKP n’avait jamais perdu une élection à Istanbul depuis 25 ans. « Il est illégal de l’emporter contre l’AKP », a déclaré Onursal Adiguzel, vice-président du CHP sur Twitter. « Ce système qui oblitère la volonté du peuple et méprise le droit n’est ni démocratique, ni légitime », a-t-il ajouté.

L’AKP, qui a perdu la mairie d’Ankara, et ses alliés nationalistes du MHP avaient demandé que l’on revote à Istanbul, invoquant des irrégularités qui, selon eux, avaient influé sur l’issue du scrutin. L’AKP avait introduit son recours après avoir perdu le scrutin municipal pour 13 000 voix.

Irrégularités

Samedi, Erdogan a affirmé que cette élection municipale avait été entachée d’irrégularités et avait appelé la commission électorale à « laver son honneur » en ordonnant un nouveau scrutin. Le nouveau maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, a officiellement pris ses fonctions le mois dernier après des recomptages partiels puis complets dans l’ensemble de la circonscription.

Depuis, le ministère public a ouvert des enquêtes sur d’éventuelles fraudes et convoqué une centaine d’agents électoraux pour interrogatoire. Après l’annonce de cette annulation du scrutin à Istanbul, la livre turque s’est orientée à la baisse et cotait 6,1075 contre le dollar à 17 h 30 GMT, lorgnant avec son plus bas niveau depuis plus d’un mois. La monnaie turque avait perdu plus de 10 % en une semaine avant le scrutin initial.

Source: https://www.ouest-france.fr/monde/turquie/turquie-de-nouvelles-elections-municipales-istanbul-fixees-le-23-juin-6338404